Biocides dans les peintures : Quels risques pour notre santé ?

La qualité de l’air intérieur est devenue une préoccupation majeure ces dernières années, surtout à mesure que nous passons de plus en plus de temps dans des environnements clos. Outre les polluants classiques comme les composés organiques volatils (COV) ou les particules fines, un autre groupe de substances suscite l’attention : les biocides présents dans les peintures d’intérieur.

Les peintures contiennent des biocides

Ces conservateurs sont essentiels pour protéger les peintures contre les moisissures, les bactéries et les algues, mais ils peuvent aussi contribuer à la pollution de l’air intérieur et induire des risques pour la santé de occupants.

Pourquoi les peintures contiennent des biocides ?

Les peintures, en particulier celles à base d’eau, sont des environnements propices au développement de microorganismes. Sans protection, elles risquent de se dégrader pendant le stockage ou après application, entraînant l’apparition de moisissures et de taches sur les murs. C’est pourquoi les fabricants ajoutent des biocides à leurs formulations.

Ces biocides jouent deux rôles principaux :

Conserver la peinture pendant le stockage : Les bactéries peuvent proliférer dans la peinture avant même son application. Des substances comme le méthylisothiazolinone (MIT) et le chlorométhylisothiazolinone (CIT) empêchent ces développements bactériens.

Protéger les surfaces peintes : Une fois la peinture appliquée, des agents comme le tébuconazole et le propiconazole empêchent le développement de moisissures et d’algues sur les murs, particulièrement dans les pièces humides comme la salle de bains et la cuisine.

    Un risque certain de pollution durable de l’air intérieur par les biocides

    Même si les biocides sont intégrés à la peinture dans des proportions relativement faibles, de l’ordre de quelques pourcents, ils se diffusent dans l’air intérieur au fil du temps, contaminant ainsi l’environnement domestique.

    Émissions initiales des biocides dans l’air intérieur

    Dans les jours suivant l’application de la peinture, les biocides sont relargués sous forme de vapeurs ou de particules fines. Les biocides utilisés dans les peintures sont des Composés Organiques Semi-Volatils (COSV). Bien que leur volatilité soit inférieure à celle des COV classiques, ils peuvent néanmoins contribuer à la pollution de l’air intérieur, notamment en présence d’humidité.

    Relargage des biocides à long terme

    Certains biocides, comme le méthylisothiazolinone (MIT) continuent à se libérer pendant des semaines, voire des mois, après l’application. D’autres, comme le tébuconazole et le propiconazole, bien que peu volatils, se retrouvent dans la poussière domestique et y persistent pendant de longues périodes.

    Contamination des poussières domestiques par les biocides

    Les biocides se fixent sur les particules de poussière et devenir une source d’exposition indirecte pour les occupants, notamment par voie respiratoire ou par contact avec les surfaces. Cette contamination des poussières est préoccupante car elle prolonge l’exposition, même longtemps après l’application de la peinture.

    Quels risques pour la santé des occupants ?

    Une exposition chronique aux biocides présents dans les peintures peut entraîner différents risques pour la santé, en fonction des composés concernés et de la sensibilité des individus.

    Les biocides sont reconnus comme particulièrement nocifs pour les milieux naturels, en particulier pour les milieux aquatiques. Ainsi, il convient de rapporter ses déchets de peinture chez les vendeurs ou dans des centres de collectes adaptés (déchèteries) afin d’éviter leur dispersion dans l’environnement.

    Allergies et irritations

    Les isothiazolinones (MIT, CIT, BIT) sont connues pour leur potentiel allergène élevé. Elles provoquent des dermatites de contact chez les personnes sensibles, ainsi que des irritations des yeux et des voies respiratoires. Des cas de réactions allergiques sévères ont été rapportés, même à de faibles doses.

    Neurotoxicité

    Plusieurs études ont montré que le méthylisothiazolinone (MIT) peut avoir des effets neurotoxiques et affecter les cellules nerveuses. Bien que ces effets aient été principalement observés en laboratoire, ils soulèvent des inquiétudes quant à une exposition prolongée notamment chez les enfants et les personnes vulnérables.

    Perturbations endocriniennes

    Certains biocides, comme le tébuconazole et le propiconazole, sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens. Ces substances interfèrent avec le système hormonal dès les faibles doses d’exposition. Ainsi, ils entraînent des effets à long terme sur la fertilité, le développement et le métabolisme.

    Les femmes enceintes, les nouveaux nés, les enfants en bas âge et les adolescents sont particulièrement sensibles aux perturbateurs endocriniens.

    Effets sur le microbiome

    Les biocides peuvent également altérer le microbiome cutané et respiratoire des occupants. Une exposition prolongée pourrait ainsi perturber l’équilibre naturel des microorganismes, favorisant l’apparition de pathologies inflammatoires ou immunitaires.

    Comment limiter les risques liés aux biocides dans les peintures ?

    Face aux risques potentiels liés aux biocides, il est essentiel d’adopter des pratiques permettant de limiter l’exposition.

    Choisir des peintures sans biocides ou avec des alternatives : Certaines marques proposent désormais des peintures sans biocides ou avec des conservateurs naturels. Bien que leur coût soit parfois plus élevé, elles constituent une solution intéressante pour les personnes sensibles, notamment les enfants ou les personnes allergiques.

    Aérer après application :Une bonne ventilation des pièces pendant et après l’application de la peinture est cruciale pour évacuer les substances volatiles et réduire la concentration de biocides dans l’air.

    Nettoyer régulièrement les surfaces et la poussière : Le nettoyage des surfaces et des sols permet de réduire la contamination par les biocides présents dans les poussières.

    Evaluer la qualité de l’air intérieur : Des tests de qualité de l’air intérieur sont disponibles sur le marché, ils permettent de mesurer la concentration de certains polluants dans l’air intérieur et d’alerter en cas de dépassement des seuils recommandés.

    Vers des alternatives plus sûres : Avec l’évolution des réglementations et la prise de conscience croissante des consommateurs, l’industrie des peintures évolue vers des formulations plus respectueuses de la santé et de l’environnement. Des alternatives naturelles, comme les huiles essentielles aux propriétés antifongiques, ou des peintures minérales sans conservateurs, commencent à se développer.

    Si les biocides restent pour l’instant indispensables pour garantir la durabilité des peintures, leur usage doit être mieux encadré et optimisé pour minimiser les risques d’exposition. Miser sur des produits certifiés et adopter des pratiques d’aération et de nettoyage adaptées permet déjà de réduire significativement les risques de pollution de l’air intérieur et préserver la santé des occupants.

    Les biocides dans les peintures d’intérieur jouent un rôle clé dans la protection contre les moisissures et les bactéries, mais leur relargage dans l’air et leur persistance posent des risques pour la qualité de l’air intérieur. En étant mieux informés sur ces substances et en adoptant des pratiques adaptées, nous pouvons limiter notre exposition et préserver notre santé, tout en profitant des bienfaits esthétiques et protecteurs des peintures modernes.

    Crédit photo Theme Photos sur Unsplash

    Sources: Tebuconazole Substance Information – ECHA, Propiconazole Substance Information – ECHA, MIT Substance Information – ECHA, CIT Substance Information – ECHA